Adoptez l'éco-attitude. : n'imprimez ce document que si c'est vraiment nécessaire.
... Nous y voilà, l'injonction paradoxale, celle qui rend fou, soyez aux côtés des plus démunis et des plus précaires d'entre nous mais surtout n'oubliez pas les logiques institutionnelles et économiques qui nous gouvernent : combien ? Combien coûte un pauvre (affreusement cher), combien en avez-vous réinséré depuis l'ouverture des Prytanes (aucun si c'est d'emploi dont on parle), combien en avez-vous reçu qui soit en logement (aucun car des années de rue ça ne se rattrape pas en un mois ni même en 12), combien, combien, combien...
Le paiement à l'acte.
...27 Août, retour de congé, les haricots donnent à profusion dans cette terre ingrate de chantier, j'en cueille un plein saladier. Je vous propose de les équeuter. Moment simple partagé sans votre compagne... Et si on préparait une compote avec ces quelques pommes, vous adorez ça, vous me l'avez dit l'autre jour. Vous me racontez votre enfance, quand vous alliez au jardin dans la remorque tirée par le solex, le Nord, le jardin du grand-père tiré à 4 épingles, aller en forêt couper du bois, la cuisine polonaise de la mamie, ces bouts d'enfance heureuse vous reviennent en mémoire...
... J'en veux parfois à ces "gens de la rue" d'être devenus ce qu'ils sont, et je leur en veux de me mettre face à mes impuissances. Je leur en veux, comme signe de ma propre frustration. Mais je découvre aussi que j'aime ce travail pour cela même, pour ce qu'il requiert de décentration, de remise en question, d'affermissement éthique, pour ce qu'il pousse à ne jamais oublier sa condition d'Être social...
... Elle avait du réseau Suzette, les salariés du Flunch, les chauffeurs de taxi et les gens du secours catholique. Maintenant, elle a une chambre, une salle de bain et la télé mais elle boit de plus en plus et meurt de solitude, merci l'hébergement de stabilisation ! Par contre, elle sait à quoi est dû son état dépressif et que le transfert qu'elle fait sur Pierre, Paul et Jacques est dû à son syndrome d'abandon qu'elle remet perpétuellement en scène.
La caricature est exagérée et grossière mais elle est pourtant le reflet de la réalité. Certes, les effets secondaires de cet hébergement spécifique ont des retentissements qui posent question, mais d'autres sont positifs et bénéfiques comme le fait de s'intéresser à sa santé et de reprendre attache avec ce corps qui était oublié, ou de réussir à dire sa peine, sa colère ou de participer activement à la vie du lieu...
...Et lorsque les hébergés "s'abyment" dans les profondeurs de leur être, il faut être sur le pont, attendre qu'ils soient prêts à poser le pied, les accueillir et les reconnaitre. Ecouter leurs rêves et pourquoi pas, penser que : La rêverie est le clair de lune de la pensée... (Jules Renard)